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jeudi 17 mai 2018

Les références culturelles.

Quand je corrige ou traduis, pas de musique pour moi, si ce n’est celle dont il est question dans l'écrit qui m’occupe.
Écoutant systématiquement tous les morceaux cités, je travaille soit dans le silence que requièrent les textes, soit dans l’atmosphère musicale que l’auteur veut bien leur donner.
Outre le plaisir de découvrir ou redécouvrir des morceaux, cela me donne des indications et des clés supplémentaires sur les situations, les personnages, voire le rythme, car, s'il est une chose que j'ai comprise, c'est que l'absence de hasard est la marque des grands.
Voici un exemple de l’intérêt de regarder de plus près les références culturelles essaimées dans les textes :
Dans Ce qui vient, Thomas Stangl fait à un moment écouter I don’t like Mondays à Andy, un des deux principaux personnages masculins. 
Bien sûr, la chanson est un succès à l'époque d'Andy, mais encore ?
Cette chanson a été inspirée à Bob Geldof par un fait divers, la fusillade survenue à San Diego, en Californie, le 29 janvier 1979. Pionnière du genre, une jeune fille de seize ans, Brenda Ann Spencer, avait tiré sur des enfants qui jouaient dans la cour de l'école en face de chez elle, tuant deux adultes et blessant huit enfants et un policier. Geldof racontera qu’il était en interview à la radio à Atlanta quand le télex est arrivé. Outre les faits, celui-ci indiquait que, ne faisant preuve d'aucun remords, la jeune fille  avait expliqué son geste en disant : « Je n'aime pas les lundis » (« I don't like Mondays »). Dès la sortie du studio Geldof écrivit la chanson qui devint très vite un succès international et Stangl réussit à merveille à nous glisser des infos supplémentaires en faisant écouter ce morceau à son personnage.
 

 
 

jeudi 4 juin 2015

Ce qui vient, Thomas Stangl (2)

 
© Casey Taylor
J'étais très impatiente de vous parler de Thomas Stangl et de son étonnant roman. Et me voilà hésitante au moment de le faire. Par où commencer ?
Peut-être en vous disant à vous qui venez (parfois depuis longtemps) sur ce mur que j'évoque souvent des textes qui m'ont touchée, mais que, pour moi, il y a clairement un avant et un après ma découverte de Stangl.
Depuis que j'ai lu Was kommt, il ne s'est pas passé une journée sans que j’y pense. Bien sûr, parce que je me suis penchée de nombreuses heures sur le texte, mais pas seulement. Aussi, parce que j’aime la littérature autrichienne, mais pas seulement. Enfin, parce que j'ai vécu à Vienne, ville que j'ai détestée pour finalement l'aimer passionnément et que je n'ai pas souvenir d'avoir déjà trouvé plus juste portrait de cette ville, mais pas seulement.
Je me rappelle m'être aventurée dans les premières phrases, d’abord surprise, à me demander quoi, qui, et où. Vous verrez (enfin, j’espère), ça vous fera peut-être ça aussi. Lâchant prise, j’ai peu à peu été comme envoûtée par les mots, simples, les phrases, beaucoup moins simples, et me suis retrouvée embarquée avec Emilia, avec Andreas, avec tous les autres personnages, avec la ville, avec le fleuve, leurs histoires, l’Histoire.
On connaît le rapport des auteurs autrichiens à leur pays. Stangl n’est pas juste un auteur autrichien, de cette veine, critique. Avec Ce qui vient, il va plus loin. Le questionnement inhérent à ce texte n’est pas seulement un questionnement autrichien, c’est aussi le nôtre.
Les grandes heures du fascisme ont passé, mais qu’en est-il 35 ans après « ce trou » dans l’Histoire ? Et qu’en est-il aujourd’hui ? Les choses ont-elles changé ? A mieux y regarder, ne restent-ils pas des signes infimes, anodins en apparence, qui montrent que ce qui est derrière nous est peut-être ce qui vient.
Ce roman est politique. Assurément. Et il est littéraire. Incontestablement. Sans ostentation. Avec maestria.
Voilà. Je crois que c’est en vous donnant mes impressions que je vous parlerai le plus facilement de Ce qui vient et de Stangl.
Vienne 1937, Vienne 1979, les vies si semblables et pourtant si différentes d’Emilia et Andreas, les destins qui basculent, le quotidien, l’Histoire… j’en vois des choses à vous dire pour vous donner envie de vous plonger dans ce roman ! Et le meilleur dans tout ça, vous savez ce que c’est ? C’est que je vais le faire et que j’aurai beau vous raconter plein de choses, rien ne pourra se substituer à la lecture du texte.

mercredi 3 juin 2015

Ce qui vient, Thomas Stangl (1) (Éditions du Sonneur)


Marcel Inhoff (alias Shigekuni) publie depuis plusieurs années des notes de lecture. A propos de Was kommt, roman de l’Autrichien Thomas Stangl aux éditions Droschl, il concluait en 2009 : « Was kommt is a marvel and it deserves to be translated and praised and to win as many prizes as possible. »
Je me suis finalement emparée du relais si joliment tendu.
Aujourd’hui, je peux, non sans émotion, vous annoncer la parution, le 11 juin, de  Ce qui vient, de Thomas Stangl, aux Éditions du Sonneur - sous la direction de Marc Villemain.

J’espère que vous serez nombreux à être curieux et à découvrir cet  immense écrivain – inédit jusqu’ici en France - et son magnifique roman. Je compte bien m’employer à vous en donner l’envie.
 

Merci à  Anne-Françoise Kavauvéa et Marcel Inhoff qui, ensemble, m’ont ouvert la route de ce grand texte. Danke à Thomas Stangl, Annette Knoch de Literaturverlag Droschl et Gerhard Auinger du ministère de la Culture autrichien. Merci, aux Éditions du Sonneur, à Valérie Millet, à Julien Delorme et bien sûr, last but not least, à Marc Villemain, qui a dirigé l’ensemble du travail avec une compétence, une délicatesse et une passion qui lui valent (en plus de nombreuses heures sans sommeil) mon admiration et ma gratitude.

 


 

vendredi 12 septembre 2014

Minable, de Mark SaFranko (publication papier)




© FOL


Qu'on se le dise !

Déjà publié en version numérique, le premier texte papier publié par E-Fractions Éditions est arrivé.




Minable, de Mark SaFranko

Traduit de l'anglais (américain) par...  Édith Noublanche

Illustration : Eugène Pwcca

A demander à son libraire préféré ou à commander sur le site de l'éditeur.
http://e-fractions.com/



jeudi 7 août 2014

Michaël Uras



 

-          EN : Fin mai, vous avez publié Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse chez Christophe Lucquin Éditeur. Quels retours avez-vous sur ce deuxième texte et qu’avez-vous noté comme différences avec ce qui s’était passé à la sortie du tout premier roman, Chercher Proust ?


-          MU : Pour l'instant, les retours concernant Nos souvenirs sont assez positifs, mais peu nombreux. En effet, nous avons encore du mal à faire lire le texte aux critiques et journalistes qui s'intéressent majoritairement aux textes des maisons renommées. Lit-on plus naturellement ce deuxième texte ? Non ! Nous devons encore parcourir un long chemin.
Pour illustrer les choses, disons que nous étions au sous-sol en 2012 et qu'aujourd'hui nous atteignons le rez-de-chaussée. À la sortie de Chercher Proust, Christophe démarrait dans l'édition, moi dans l'écriture. Deux parfaits inconnus. Et un roman sur Proust : Il a fallu se battre.


-          En même temps que cette seconde publication chez votre éditeur, votre premier texte a été réédité au Livre de poche. En quoi l’expérience du format poche diffère-t-elle de ce que vous aviez connu avec l’éditeur qui vous a donné votre première chance ?


-          Le Livre de Poche est une maison connue de tous, historique. Un milliard de livres vendus en soixante ans. Qui n'a pas un Livre de poche dans sa bibliothèque ? Cécile Boyer-Runge (l'ancienne directrice) et Audrey Petit (l'éditrice) ont fait preuve d'une grande curiosité, d'une ouverture d'esprit incroyable en nous écoutant, en nous lisant et en nous éditant. Être repris en poche est forcément une fierté. C'est aussi, bien sûr, une force. Chercher Proust connait une deuxième vie. Les lecteurs vont plus facilement vers un Livre de poche que vers un titre d'un éditeur débutant. C'est une sécurité pour eux. Et pas seulement pour eux d'ailleurs, les journalistes acceptent de lire Chercher Proust à présent. Certains ont peut-être au fond d'un tiroir l'édition grand format. Jamais feuilletée. Abandonnée. C'est frustrant car le texte est le même, avec ses qualités et ses défauts.


-           Vous avez également publié en Italie. Pouvez-vous nous en dire plus ? (Comment cela s’est-il fait ? Avez-vous eu des contacts avec le traducteur ? Avez-vous pu lire le texte italien ?)
 

-           La traduction en Italie s'est faite grâce à deux intermédiaires : Giuseppe Girimonti Greco et Giacomo Melloni. Ils ont démarché plusieurs éditeurs et en particulier Voland. Sans eux, tout aurait été plus compliqué. Ils ont ensuite traduit le texte (car ils sont avant tout traducteurs). Et j'ai pu participer à cette traduction, choisir le titre italien par exemple (Io e Proust). Ils sont devenus des amis.  Le livre a été bien accueilli en Italie. Les médias en ont parlé. Ce qui n'avait pas été le cas en France. Ce passage à l'italien est une aventure extraordinaire. Un retour aux sources pour moi car je suis d'origine sarde.



-           L’expérience éditoriale (entre France et étranger, grand format et poche) que vous avez connue jusqu’ici correspond-elle à l’image que vous vous en faisiez ?

 
-           Étrangement, je ne me faisais aucune image de l'édition. Pour être franc, je ne pensais pas être édité un jour. Je vis en province. Je viens rarement à Paris. Je ne connaissais personne dans ce milieu. Je pensais simplement accumuler un grand nombre de lettres de refus. Établir un record dans ce domaine. Après trois années dans cet univers, je me rends compte que l'audace et la curiosité sont des vertus rares. Heureusement, quelques éditeurs les possèdent encore !